Véritable phénomène aux Etats-Unis, avec plus de 10 millions de « mompreneurs », - contraction de maman et entrepreneur -, les femmes qui créent leur entreprise au
moment de la naissance de leur premier ou de leur deuxième enfant sont de plus en plus nombreuses en France.
Agées de 25 à 40 ans en moyenne, diplômées et souvent cadres en entreprise, elles décident de changer de voie et de trouver une nouvelle organisation qui leur
permette de mieux articuler leurs différents temps de vie : professionnel, familial, social, personnel. L'aventure, qui ressemble parfois au parcours du combattant, se développe aussi bien à
Paris qu'en province, à la ville qu'à la campagne.
« Certaines ont déjà une belle expérience professionnelle derrière elles et veulent concilier vie professionnelle et vie familiale, déclare Frédérique Clavel,
présidente de Paris Pionnières et de la Fédération Pionnières, un réseau d'incubateurs (structures d'accompagnement de projets de création d'entreprises) destinés aux femmes. Elles ont des
enfants jeunes et estiment que la vie professionnelle dans une grande entreprise n'est plus adaptée à leur situation. »
Ni Wonder woman, ni Desesperate Housewives, ces mères de famille se lancent en majorité dans les secteurs de l'éducation, de la
santé, de l'action sociale et des services à la personne, selon une étude de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Vient ensuite l'attrait pour les commerces
et les services aux entreprises.
C'est à la fois le manque d'offre sur le marché et une prise de conscience liée à la naissance d'un enfant qui poussent ces femmes à franchir le pas et créer leur
propre entreprise.
« Durant mon congé parental, j'ai pris le temps d'élever mon enfant avec le plus de naturel possible, raconte Caroline Bombrun, ex-salariée d'un groupe
agroalimentaire devenue mompreneur. J'ai privilégié l'allaitement, le portage et le massage de mon bébé, une alimentation maison, l'utilisation de matériaux naturels pour les vêtements, l'achat
de jouets en bois... » Ce qui amène la jeune maman à se poser des questions sur son devenir professionnel. « Comment combiner vie professionnelle-vie privée et profiter de mon enfant ? Comment
avoir une occupation en accord avec tous ces principes, difficilement compatibles avec mon activité précédente ? »
Finalement, elle décide, avec une amie, Katia Figura, ex-chef de publicité en agence, de créer en avril une boutique pour enfants, Le Petit Bazar, à Paris. Six
mois plus tard, les clients sont au rendez-vous, mais les deux associées, comme la grande majorité des jeunes créateurs d'entreprise, sont encore loin de pouvoir se verser un salaire.
Par ailleurs, les jeunes entrepreneuses se heurtent à une politique d'accompagnement financier et de soutien encore peu structurée. « Il est souvent difficile de
se retrouver dans le foisonnement actuel des aides, reconnaît le Conseil économique, social et environnemental dans un rapport sur « L'entrepreneuriat féminin », publié en octobre (disponible
sur le site Conseil-economique-et-social.fr).
« Il faut promouvoir les réseaux et les actions de tutorat, affirme Geneviève Bel, rapporteure de ce texte, et mettre en place une politique de l'entrepreneuriat
au féminin. » Aujourd'hui, les principaux relais sont l'Agence pour la création d'entreprises (APCE), les chambres de commerce, les maisons de gestion et les nombreux réseaux féminins.
« Internet et, depuis janvier, la création du statut d'auto-entrepreneur, ont joué un rôle majeur dans le développement du secteur, déclare Nathalie Perchard,
responsable marketing d'Oxatis, une société qui conseille les mompreneurs dans leurs projets de création de boutiques en ligne (solution bien moins onéreuse qu'une boutique en dur, mais qui
exige de se former à la gestion).
L'aménagement du temps de travail peut s'avérer un véritable casse-tête. « On n'est pas dans l'angélisme, rappelle Nathalie Perchard, on accompagne des femmes qui
ont envie de vivre et de travailler autrement. Elles ont souvent des horaires décalés. »
« En fait, je jongle... comme avant, déclare Alexia de Bernardy, créatrice de Filapi, une maison des enfants (Hauts-de-Seine) qui propose des activités pour les 3
à 12 ans. J'emploie une nounou à plein temps et j'ai conservé les mêmes horaires qu'auparavant. En revanche, je me sens plus libre en cas d'imprévu. J'essaye vraiment de bien séparer ma vie de
famille de ma vie professionnelle, pas de boulot à la maison..., enfin, presque ! »
Signe que le phénomène progresse, le premier Prix de la mompreneur a vu le jour début octobre. C'est Margaret Milan, mompreneur avant l'heure (elle a fondé le
catalogue Eveil et jeux), qui a remis le prix à Anastasia Smidtas pour la création de Camera Contact, une plate-forme Internet mettant en relation les personnes âgées isolées avec leurs
familles et les professionnels de santé qui les entourent.
Martine Picouët
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